Clignement de l’œil, mensonge et neurosciences

EST-CE QUE LE MENSONGE A UNE INCIDENCE LE CLIGNEMENT DE L’ŒIL ?

Hormis le besoin de lubrification, le clignement de l’œil est directement lié à l’activité cérébrale.

Mensonge, Clingnement de l'oeil et neurosciences

Lorsque le stress s’accroit à l’intérieur de nous, l’émotivité s’emballe, la cadence cardiaque s’accélère et le clignement de l’œil s’accentue.

Lorsque nous sommes calmes, le clignement des paupières se situe autour de 10 à 15 battements par minute ; par contre, en situation de stress, il grimpe à 50. Concentrer devant un écran d’ordinateur, notre clignement de l’œil diminue à 7,5 par minute, créant une situation inconfortable qui assèche l’œil.

Lorsque le clignement de l’œil s’accélère, le cerveau analyse l’information plus rapidement. C’est le cas lors d’un tête-à-tête amoureux où le cœur s’emballe, comme lors d’une menace imminente. Ainsi, la vitesse de nictation est directement liée au degré d’intensité de l’émotion ressentie.

Selon les recherches publiées le 29 juillet 2009, *Tamami Nakano a démontré que cligner des yeux était un signal envoyé au cerveau pour couper momentanément le flot d’informations visuelles et traiter la quantité énorme d’information. Même que le cerveau coupe le flot d’information de 50 ms avant l’amorce du clignement de l’œil diminuant ainsi la quantité d’information en provenance du nerf optique. Cette étude estime qu’à chaque battement de paupière nous élaguons au total près de 400 ms d’information. À 15 battements par minute, cela correspond à 6 secondes où nous sommes complètement aveugles. *(Tamami Nakano, Yoshiharu Yamamoto, Keiichi Kitajo, Toshimitsu Takahashi, Shigeru Kitazawa)

Le cerveau traite l’information visuelle de manière saccader avec des temps d’arrêt entre les blocs d’information. La nictation des yeux s’accélère lorsqu’il y a une excitation sensorielle, mentale ou physique. Avec un plus grand nombre de fermetures par minute, l’information visuelle est segmentée et archivée plus rapidement.

Cependant, mentir demande un effort cognitif considérable pour inhiber les réactions du corps, limiter les réactions oculaires, forger une histoire crédible et s’assurer de l’adhésion du vis-à-vis aux propos mensongers. Pour se faire, intensément concentrer, la personne va restreindre l’ensemble de la gestuelle incluant la diminution du clignement de l’œil.

Dans le cas d’une personne qui ment délibérément, cette diminution importante de la nictation persistera jusqu’à la fin de son histoire fabriquée, puis le clignement s’activera à nouveau à la suite du lâcher-prise mental, mais surtout du besoin de lubrification de l’œil.

À noter, celui qui détient le record mondial pour avoir un regard fixe à cligner des yeux seulement au bout de 57 min. 24 sec. (C’est un marin chinois selon le South China Morning Post, qui a publié l’article le 25 aout 2015)

Le clignement de l’œil nous renseigne donc sur l’activité du cerveau en temps réel. Sur les moments d’excitation fébrile comme dans les moments de contrôle à l’apparence stoïque. Lorsque vous observerez un changement de rythme dans le clignement des yeux de votre interlocuteur, questionnez-vous sur la raison derrière cette excitation spontanée ou sur cette attitude à l’allure figée.

Surtout, investiguez un peu plus sur ce changement d’attitude pour découvrir possiblement la vérité qui se cache derrière cet inconfort…

Daniel Thérien